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Rhinite, asthme Mise à jour le 1er août 2014
Mise en ligne en mai 2005

Conduite à tenir devant une rhinite ou
un asthme d'origine professionnelle


Définitions :
  • Rhinite professionnelle : hyperréactivité nasale à l’égard d’une substance présente sur le lieu de travail, de mécanisme allergique ou non. La prévalence de la rhinite allergique est généralement supérieure à celle de l’asthme pour tous les aérocontaminants [Réf. 1 à 5].
  • Asthme professionnel (AP) : asthme déclenché ou aggravé par une substance spécifique inhalée sur les lieux du travail. La prévalence de l'asthme de l'adulte est de 7 à 9 %. Les asthmes d’origine professionnelle représentent 10 à 15 % de l’ensemble des asthmes.




1. Les symptômes : rhinite +/- asthme

La rhinite et/ou l'asthme professionnel surviennent avec une période de latence dans les conditions habituelles d'exercice du travail. La rhinite est souvent négligée par les patients.

Les principaux symptômes sont :

Pour la rhinite :
  • Prurit nasal, rhinorrhée (antérieure ou postérieure), éternuements, obstruction nasale ;
  • ± associés à une conjonctivite, une hyposmie ou anosmie.
Pour l’asthme :
  • des symptômes respiratoires de brève durée : gêne, poids sur la poitrine, toux, sifflements etc ...
  • une exacerbation des symptômes durant au moins 2 jours sans retour à la normale, nécessitant un recours inopiné aux soins.

Les symptômes sont rythmés ou aggravés par les périodes de travail, du moins au début de l’évolution.


Pensez à poser 4 questions sur les symptômes respiratoires de rhinite ou d'asthme :
  • surviennent-ils sur les lieux du travail ?
  • s'améliorent-ils durant le repos hebdomadaire ?
  • s'améliorent-ils lors de congés prolongés ou se normalisent-ils ?
  • s'aggravent-ils pendant le travail ou au décours du travail ?

Un repérage et une éviction précoces au stade de rhinite sont nécessaires, car la rhinite est un facteur de risque de l’asthme professionnel.

À noter :

  • la rhinite peut évoluer indépendamment de l’asthme ;
  • une fois installé, l’asthme peut évoluer pour son propre compte, même après éviction des facteurs de risque professionnels.


2. Les principaux métiers

Les rhinites et asthmes professionnels sont induits par :
  • des substances d'origine animale ou végétale (souvent mécanisme IgE-dépendant),
  • ou par des produits chimiques ou des métaux (mécanismes mal connus).

Devant des symptômes respiratoires nouvellement apparus ou aggravés, rechercher une exposition professionnelle en interrogeant le patient sur les métiers exercés :


Principaux métiers pouvant être concernés % rhinite allergique professionnelle (RAP) % asthme professionnel (AP) Principaux risques Tableaux
Métiers dépendant du régime agricole     Tous les agents végétaux et animaux TRA 45
Boulangers,
pâtissiers
 
Métiers
de la santé
 
Coiffeurs 72 %
des RAP
Personnels de nettoyage  
20% des AP Farine de blé, de seigle TRG 66
  Enzymes TRG 63
10% des AP Latex des gants (via le talc) TRG 95
  Aldéhydes :
glutaraldéhyde
formaldéhyde (formol)

TRG 66

TRG 43
  Ammoniums quaternaires TRG 66
8% des AP Produits de décoloration capillaire :
  • persulfates alcalins ++ ;
  • Teintures capillaires ;
  • Produits de permanente ;
  • Henné.
TRG 66
4-5% des AP Etiologies multiples : acariens, ammoniums quaternaires des détergents (le spray facilite leur pénétration respiratoire) TRG 66
  Latex des gants TRG 95
Travailleurs du bois   5% des AP Nombreuses espèces de bois sensibilisantes TRG 47-A
Vernis contenant des isocyanates* TRG 62
Formaldéhyde TRG 43
Peintres
Particulièrement, peintres au pistolet sur métaux (BTP, métallurgie), applicateurs de revêtements de surfaces en résine synthétique
  8% des AP Résines, peintures, colles, vernis polyuréthanes contenant des isocyanates* TRG 62
Autres**     Travail en présence de toute protéine en aérosol TRG 66
Multiplicité des agents étiologiques (près de 400 au total)** Autres tableaux non mentionnés ci-dessus
TRG : Tableau de maladie professionnelle du Régime Général
TRA : Tableau de maladie professionnelle du Régime Agricole
* L’asthme aux isocyanates est un cas d’éviction au poste de travail
** L’enquête professionnelle approfondie relève du médecin du travail. Cependant, le site de l’INRS permet un accès facile aux tableaux de maladie professionnelle par pathologie, par agent en cause ou travaux effectués :
http://www.inrs-mp.fr/mp/cgi-bin/mppage.pl



3. Distinguer maladie professionnelle et accident du travail

  • La maladie professionnelle concerne :
    • la rhinite récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par test ;
    • l’asthme aggravé par le travail ;
    • l’asthme de novo induit par le travail.
  • L’accident du travail concerne les accidents aigus respiratoires sur les lieux du travail.

    L’asthme aigu au travail dans le cadre d'un accident du travail professionnel survient sans période de latence, dans des conditions d'exposition inhabituelles voire exceptionnelles (accident, incendie, défaut de ventilation) : Syndrome d'Irritation Aiguë Bronchique (SIAB) (en Anglais, RADS pour Reactive Airways Dysfunction Syndrome). Il nécessite un traitement d'urgence, un suivi pneumologique et la rédaction d'un certificat d'accident du travail. Substances fréquemment mises en cause : chlore et dérivés, acides, isocyanates.


4. Confirmer la rhinite ou l'asthme

Le médecin traitant confirmera la rhinite ou l'asthme, il précisera sa sévérité, et évoquera l'origine professionnelle en collaboration avec le pneumologue, l'allergologue et le médecin du travail.


  Rhinite professionnelle Asthme professionnel
Diagnostic clinique : dépister Rechercher les symptômes
(Cf. paragraphe 1)
Interroger : symptômes variables
et réversibles au début
Diagnostic paraclinique :
Tests
  • Allergie à des substances de haut poids moléculaire (PM) (principalement protéine animale ou végétale) (Recommandation 9)
Tests cutanés (PRICK tests)
et/ou tests d’IGE - réactivité sérique (RAST, in vitro)
  • Allergie aux substances de bas poids moléculaire
Test cutanés et RAST inutiles
sauf pour les sels de platine et les colorants réactifs
Imagerie Aucun examen d’imagerie n’est justifié en première intention (Recommandation 8)  
Endoscopie Rhinoscopie antérieure si : symptômes unilatéraux, diagnostic incertain, échec du traitement initial (Recommandation 7)  
EFR EFR recommandée chez les sujets à haut risque d’asthme professionnel (Recommandation 12) EFR
En cas de difficulté de diagnostic étiologique Eventuel test de provocation nasale spécifique en centre spécialisé (Recommandation 10) Pneumologue* : mesure de l'hyperréactivité bronchique non spécifique, test de provocation bronchique spécifique réaliste, recherche d’une inflammation mesure du NO exhalé, de l’éosinophilie de l’expectoration....
* Possibilité de donner un peak flow (débitmètre de pointe) au patient pour faire des mesures sur le lieu de travail et en période de repos.

L'hyperréactivité bronchique peut être soupçonnée cliniquement : toux ou gêne respiratoire au contact d'irritants - fumée de tabac, odeurs fortes, sprays, polluants - ou déclenchées par le rire, l'effort, le froid...

Consulter la synthèse des Recommandations pour la prévention et la prise en charge de la rhinite allergique professionnelle.



5. Rôle du médecin clinicien

1/ Prévenir :
  1. Donner des conseils d’orientation professionnelle aux enfants/ adolescents/ jeunes adultes ayant des antécédents d’atopie, afin de choisir des métiers ne comportant pas d’exposition à des allergènes de haut poids moléculaire.
  2. Pour cela, consulter la page 9 de la fiche pratique sur l’asthme professionnel n°7 de la Société de pneumologie de langue française (SPLF) ( http://www.splf.org/s/spip.php?article1551 )

    Fiches Pratiques : Comment aider un asthmatique dans son orientation professionnelle
  3. Etre vigilant au dépistage de rhinite ou d’asthme chez les artisans et travailleurs indépendants qui n’ont en général pas de médecin du travail.
2/ Contrôler les symptômes, avec éducation thérapeutique du patient

Le traitement est du ressort du médecin généraliste, du pneumologue et / ou de l’allergologue.


3/ Contacter le médecin du travail

Devant une rhinite ou un asthme professionnel, adresser le patient au médecin du travail avec un courrier. Si le patient travaille, il peut à tout moment demander une visite occasionnelle. En cas d'arrêt de travail, demander une visite de pré-reprise au médecin du travail pour envisager des aménagements de poste ou un reclassement si nécessaire, et mobiliser le réseau de maintien dans l’emploi si besoin.

4/ Proposer éventuellement une déclaration de maladie professionnelle de la rhinite ou de l’asthme en lien avec le travail, en particulier quand il y a un risque de désinsertion professionnelle.



6. En savoir plus sur les allergies professionnelles

Consulter :

Références :

[1] Garnier R, Villa A, Chataigner D. Rhinites professionnelles. Rev Mal Respir 2007 ; 24 : 205-20

[2] Karjalainen A, Martikainen R, Klaukka T, Saarinen K, Uitti J : Risques d’asthme chez les patients finlandais avec rhinite professionnelle. Chest 2003 ; 123 : 283-8.

[3] Piipari R, Keskinen H : Agents causing occupational asthma in Finland in 1986-2002 : cow epithelium bypassed by moulds from moisture- damaged buildings. Clin Exp Allergy 2005 ; 35 : 1632-7.

[4] Siracusa A, Desrosiers M, Marabini A : Epidemiology of occupational rhinitis : prevalence, aetiology and determinants. Clin Exp Allergy 2000 ; 30 : 1519-34.

[5] Vignola AM, Bousquet J. Rhinitis and asthma: a continuum of disease? Clin Exp Allergy 2001 ; 31 : 674-7.

Remerciements aux Pr D. CHARPIN, D. VERVLOET pour leur aimable contribution à l’élaboration de ce document et au Pr P. CHANEZ pour ses relectures et mises à jour.

Ce document est inspiré de la fiche sur l'asthme professionnel édité par la SPLF et la SFMT, après autorisation. Pour en savoir plus : Consultez la fiche sur l'asthme professionnel éditée par la SPLF




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