Exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse

Mise à jour : 
mars 2021

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques ayant un effet suspecté sur le développement fœtal et la fertilité. Ils sont très nombreux et très présents dans notre environnement via les objets, l’alimentation… Certaines professions peuvent être particulièrement exposantes et entrainer un éventuel risque, notamment pendant la grossesse. Il convient donc, devant toute grossesse voire désir de grossesse, d’interroger la femme sur son activité professionnelle pour déterminer si elle nécessite un avis spécialisé de son médecin du travail pour une éventuelle adaptation ou éviction de son poste de travail le plus précocement possible.

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

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Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un perturbateur endocrinien (PE) est une substance, ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations.

Ces substances peuvent interférer avec le système hormonal à chacune de ses étapes : transport, métabolisme, production, régulation des gènes, activation…

Il existe plusieurs mécanismes d’action : mimer ou bloquer l’action d’une hormone (effet agoniste et antagoniste), ou perturber la production ou la régulation d’une hormone ou de son récepteur.

De nombreux projets de recherche sont en cours sur les PE, et le nombre de substances identifiées comme PE ne cesse d’augmenter : en 2013 l’OMS en comptait 177 alors qu’ils sont aujourd’hui indénombrables.


Pour aller plus loin :

Une liste en anglais des substances suspectées ou reconnues comme étant des PE dans la règlementation européenne sur les produits chimiques (edlists.org)  est progressivement mise à jour au fur et à mesure des évaluations des substances réalisées par les Etats membres, et notamment par l’ANSES pour la France.  Cette liste n’est pas associée à un étiquetage spécifique et ne fait à ce jour pas l’objet de réglementation pour faciliter la substitution de substances ou l’éviction de poste.


Effets suspectés sur la santé et caractéristiques des perturbateurs endocriniens

En raison de leur multiplicité et de la diversité des expositions au cours d’une vie humaine, il est très difficile d’établir un lien causal entre l’exposition aux PE et la survenue de pathologies. Néanmoins, la recherche, toujours en cours, suspecte leur implication dans l’apparition de certaines maladies :

  • Altération de la fonction de reproduction
    • Troubles de la fertilité : diminution de la quantité et de la qualité du sperme[1], baisse de la testostérone, anomalies de la fonction ovarienne ;
    • Anomalies de l’implantation et du développement du fœtus (faible poids de naissance, prématurité, troubles du comportement[2]) ;
    • Effets sur l’appareil reproducteur : cryptorchidie, hypospadias, hypoplasie testiculaire, kystes des épididymes, endométriose, ovaires polykystiques[3], puberté précoce ;
  • Cancers hormono-dépendants : testicules, prostate, sein[4], utérus et ovaires
  • Troubles métaboliques : obésité, diabète[5], perturbations thyroïdiennes, maladies cardio-vasculaires

L’exposition aux perturbateurs endocriniens a plusieurs caractéristiques :

  • Les effets sur la santé semblent plus importants à certaines périodes d’exposition (fenêtres de susceptibilité) : vie fœtale, début de la vie, adolescence et grossesse
  • On peut observer un effet transgénérationnel (effets délétères s’exprimant sur la ou les générations suivantes – cas du distilbène)
  • Certains PE sont lipophiles et peuvent donc s’accumuler dans les graisses. On peut ainsi les retrouver à des taux non négligeables dans l’organisme, et ce même longtemps après une exposition
  • Il existe aussi très souvent un effet cocktail (multiplication de la toxicité en cas d’exposition simultanée à plusieurs PE) en raison de leur grand nombre et des multiples situations d’exposition potentielles
  • Il n’existe pas de dose seuil
  • Les effets des PE sur la santé ne sont pas linéaires : certains effets apparaitraient à faibles doses, diminueraient lorsque l’on accroît les doses et augmenteraient à nouveau pour des doses élevées (courbe en U)

ATTENTION : De nombreuses interrogations persistent. Les mécanismes d’action des PE et leurs effets sur la santé, sont encore loin d’être connus et font l’objet de nombreuses études. Il n’en demeure pas moins que des précautions s’imposent et qu’il convient de mettre en place une démarche de prévention visant à limiter, à défaut de supprimer l’exposition des travailleurs et tout particulièrement celle des femmes enceintes/allaitantes ou en âge de procréer.

Pour aller plus loin :

La cohorte PELAGIE (pour Perturbateurs endocriniens : étude longitudinale sur les anomalies de la grossesse, l’infertilité et l’enfance) suit, depuis 2002, 3 500 couples mères-enfants habitant en Bretagne. Elle vise à étudier l'impact de contaminants environnementaux sur le développement intra-utérin, puis sur celui de l'enfant


Les différentes sources d’exposition professionnelle aux perturbateurs endocriniens

Les PE sont utilisés dans de nombreux produits de l’environnement domestique et professionnel de vos patients. La contamination peut se faire via divers milieux (eau, aliments, air, poussières) et via l’utilisation de produits ou articles de consommation. La pénétration des PE dans l’organisme se réalise par toutes les voies : inhalation, ingestion, passage percutané, voire voie parentérale (chez le patient via le matériel médical).

Certaines professions doivent vous faire rechercher ou suspecter une exposition potentielle aux PE. C’est le cas par exemple du métier de la coiffure et de l’esthétique, du nettoyage, de l’agriculture, de l’industrie (plasturgie...), du secteur de soins (personnels soignants), …

Cette liste n’est pas exhaustive, du fait de la multiplicité des PE. De nombreux professionnels peuvent en effet être potentiellement exposés.

En tant que médecin généraliste, voici une liste de questions concrètes qui peuvent vous permettre de rechercher une exposition professionnelle aux PE chez une femme enceinte :

  • Est-ce que vous travaillez dans un des secteurs représentés dans le schéma ci-dessus ?
  • Est-ce que vous êtes exposée à des produits chimiques ? Lesquels ?
  • Les produits que vous utilisez sont-ils dangereux ?
  • Certains de ces produits chimiques ont-ils une étiquette avec le pictogramme et les mentions « peut (ou susceptible de) nuire à la fertilité ou au fœtus » ou « peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel » ?
  • Pensez-vous être exposée à des perturbateurs endocriniens ?

Si votre patiente a déjà eu des fausses couches ou des problèmes de fertilité, une vigilance plus particulière est nécessaire. Vous pouvez ainsi l’adresser à la plateforme CREER.

La plateforme CREER (Couple Reproduction Environnement et Risque) du CHU de Marseille est dédiée à l’évaluation des expositions environnementales (qu’elles soient professionnelles ou extra-professionnelles) susceptibles d’avoir un effet sur la reproduction (fertilité, grossesse). Sur la base de l’évaluation réalisée, des conseils personnalisés sont délivrés pour réduire le plus possible ces expositions. Cette plateforme est pluridisciplinaire, regroupant gynécologue obstétricien, biologiste de la reproduction, sage-femme spécialisée en santé environnementale, addictologue et médecin du travail (intervenant dans le cadre du Centre de Consultations de Pathologie Professionnelle).

Une consultation auprès de la plateforme CREER peut être sollicitée directement en écrivant à l’adresse suivante :

claire.sunyach@ap-hm.fr ou par téléphone 04 91 38 42 57


Prise en charge d’une femme enceinte devant une suspicion d’exposition professionnelle aux perturbateurs endocriniens

Devant une suspicion d’exposition professionnelle d’une patiente/salariée enceinte à des PE ou en cas de doute sur la comptabilité entre l’état de grossesse et le maintien de l’activité professionnelle, le médecin du travail est l’acteur ressource :

  • Vous, médecin de soin, orientez donc rapidement votre patiente enceinte vers son médecin du travail en l’invitant à solliciter auprès de lui une visite à la demande pour qu'elle puisse être conseillée même si elle ne souhaite pas encore en informer son employeur.
  • Votre patiente/salariée enceinte demande ainsi le plus précocement possible à son médecin du travail une visite à la demande (visite occasionnelle) pour évaluer avec lui ses risques d’exposition professionnelle. Le médecin du travail est astreint au respect du secret médical sur l'existence d'un état de grossesse aussi longtemps que l'employeur n'en a pas été informé par la salariée elle-même.
  • Le médecin du travail pourra ainsi évaluer son exposition.
  • S’il y a une exposition avérée, le médecin du travail, en relation avec l’employeur, pourra rechercher des solutions d’aménagements de poste en fonction des situations :
    • Si la femme enceinte (ou allaitante) est exposée à des PE classés Agents avérés ou supposés toxiques pour la Reproduction (catégories R1A ou R1B ou catégorie supplémentaire des effets sur ou via l’allaitement tels que décrits dans le code du travail - articles R. 4412-59 à R. 4412-93) ou aux quelques autres toxiques qui rentrent dans le cadre des risques réglementés pendant la grossesse, elle peut être affectée temporairement dans un autre emploi. Si cela est impossible, elle verra son contrat suspendu pour la durée de la grossesse.
      Dans ces 2 cas, la salariée bénéficiera d'une garantie de rémunération.
    • Si la femme enceinte (ou allaitante) est exposée à des PE non classés Agents avérés ou supposés toxiques pour la Reproduction, le médecin du travail pourra conseiller la patiente et l’aider à évaluer son risque et s’en protéger. Il sollicitera l’employeur pour une demande d’aménagement de poste. Si l’aménagement de poste est impossible, le cadre réglementaire ne permettra néanmoins pas à la femme enceinte de bénéficier de la garantie de rémunération.

Il est à noter que les salariées bénéficient d’une protection juridique contre tout risque de discrimination ou de perte d’emploi liés à la grossesse.

Exemples de mesures de prévention pouvant être mises en place par les entreprises en cas de présence de PE avec exposition potentielle de femmes enceintes ou en âge de procréer :

  • Mesures liées à l’organisation du travail (changement temporaire d’affectation de la femme enceinte sur un autre poste de travail, …)
  • Travail en lien avec le médecin du travail sur les substitutions possibles de produits : substitution de produits contenant des PE par des produits n’en contenant pas (par exemple, modification des produits d’entretien dans le secteur du nettoyage, …)
  • Renforcement de la formation/information/sensibilisation du personnel à l’utilisation des protections collectives (aspiration à la source…) et individuelles (utilisation des EPI, renfort des mesures d’hygiène) en présence de PE et plus généralement de produits chimiques dangereux dont les CMR

En l’absence de médecin du travail (travailleurs indépendants, chefs d’entreprises…), il est possible de prendre conseil auprès de la Consultation de pathologie professionnelle ou directement auprès de la plateforme CREER.

  • Au terme de la grossesse, en cas d’allaitement, une visite de pré-reprise devra être envisagée pour les femmes exposées aux PE.
  • En parallèle de l’orientation de votre patiente vers son médecin du travail, il convient également de relayer auprès de votre patiente les recommandations existantes pour diminuer ou éviter l’exposition aux perturbateurs endocriniens dans la vie quotidienne (au travail et à la maison) grâce notamment aux plaquettes d’informations mises en place par l’URPS-ML PACA

Pour aller plus loin

Perturbateurs endocriniens en milieu professionnel

Dépliants de la Direccte à destination des préventeurs

  • Dépliant de la Direccte Auvergne-Rhône-Alpes

Dépliants à destination des salariés

Perturbateurs endocriniens

Guides de l’URPS ML Provence-Alpes-Côte d’Azur à destination des médecins

  • Guide PE dossier scientifique
  • Guide PE dossier pratique

Vidéo webinaire CRES du Pr Patrick Fénichel, endocrinologue et gynécologue au CHU de Nice, sur le thème : « Les perturbateurs endocriniens, quelle prévention pour les patients ? »

Dépliants à destination des familles

  • Dépliant de l’Association Française des Pédiatres Endocrinologues Libéraux (AFPEL)
  • Dépliant du réseau Women in Europe for a common future (WECF)

Substances chimiques chez les femmes enceintes

Dépliant du projet « FEES – Femmes Enceintes, Environnement et Santé » : 10 conseils pour éviter les substances toxiques


Références :

1. Bonde JP, Flachs EM, Rimborg S, Glazer CH, Giwercman A, Ramlau-Hansen CH, et al. The epidemiologic evidence linking prenatal and postnatal exposure to endocrine disrupting chemicals with male reproductive disorders: a systematic review and meta-analysis. Hum Reprod Update. 2016;23(1):104‑25.

2. Rivollier F, Krebs M-O, Kebir O. Perinatal Exposure to Environmental Endocrine Disruptors in the Emergence of Neurodevelopmental Psychiatric Diseases: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 12 2019;16(8).

3. Hu Y, Wen S, Yuan D, Peng L, Zeng R, Yang Z, et al. The association between the environmental endocrine disruptor bisphenol A and polycystic ovary syndrome: a systematic review and meta-analysis. Gynecol Endocrinol Off J Int Soc Gynecol Endocrinol. mai 2018;34(5):370‑7.

4. Zuccarello P, Oliveri Conti G, Cavallaro F, Copat C, Cristaldi A, Fiore M, et al. Implication of dietary phthalates in breast cancer. A systematic review. Food Chem Toxicol Int J Publ Br Ind Biol Res Assoc. août 2018;118:667‑74.

5. Song Y, Chou EL, Baecker A, You N-CY, Song Y, Sun Q, et al. Endocrine-disrupting chemicals, risk of type 2 diabetes, and diabetes-related metabolic traits: A systematic review and meta-analysis. J Diabetes. juill 2016;8(4):516‑32.

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